Brasserie St Germain – Entretien avec Vincent Bogaert

J’ai profité de mon retour dans ch’nord pour faire le tour des brasseries du coin. Malheureusement, la période ne s’y prête pas. Sur les 3 brasseries contactées, seul Vincent Bogaert de la brasserie St Germain m’a répondu favorablement. Qu’à cela ne tienne, rendez-vous pris pour vendredi 3 janvier à 10h45. J’emmène avec moi ma petite famille car même si nous sommes de fervents buveurs de bières, c’est toujours très intéressant de connaître l’envers du décor.

Nous arrivons donc dans la petite ville d’Aix-Noulette, petite bourgade de 3 832 habitants avec une superficie totale de 10 km². Son nom fait référence à l’eau : « aqua » pour Aix, « noué » c’est-à-dire « terrain noyé » pour Noulette. L’eau étant la principale composante de la bière, nous sommes bien en pays brassicole.

Vincent Bogaert.

Vincent Bogaert

Vincent Bogaert

Vincent commence sa carrière en suivant les traces de son père et devient charcutier mais s’oriente rapidement vers le métier de traiteur. Suite à des problèmes de santé, il abandonne le métier mais décide de faire l’armée quand même pour se retrouver cantonné au bar du mess. Lors de son retour à la vie civile, il fréquente assidûment le Mac Ewans à Lens qui propose déjà 12 bières pression et beaucoup de bières bouteilles. C’est à cette époque qu’il découvre et se passionne pour la bière. Il se targue notamment d’avoir lancé la despé (de son petit nom) dans la région. Il est bien conscient qu’aujourd’hui, cette bière est loin d’être une référence mais quand même, sa fibre commerciale se développe. Dans le cadre d’un projet de pub-brasserie à Lille, il se forme au brassage en Belgique et rencontre de nombreux acteurs de la scène brassicole actuelle comme Daniel Thiriez notamment.

Historique.

la brasserie St Germain est créée en mars 2003 par Vincent et Stéphane Bogaert et par Hervé Descamps, initiateur de la brasserie Audomaroise à St Omer et formé à l’Institut Supérieur d’Agriculture (ISA) de Lille. Même si la production commence doucement, les locaux et le matériel sont déjà prévus pour des volumes de 5 000 hL, à l’instar des brasseries locales qui sur plusieurs générations brassaient à l’époque sur des volumes similaires. L’influence est belge et les houblons locaux. Les normes d’hygiène sont anticipées. Bref, tout est très bien calibré.

Origine du nom Page 24.

Le nom Page 24 fait directement référence au livre de Hildegarde de Bingen, abbesse du XIIème siècle qui y consigna ses recherches sur les vertus aseptisantes et conservatrices du houblon (ainsi que sur son amertume). Selon la légende, la page 24 aurait disparu. Le chiffre 24 est aussi très récurent dans le processus de brassage : 24 kg de farine de malt sont utilisés par hectolitre, la bière est stabilisée à 24°C lors du refroidissement, elle est conservée en cuve de garde pendant 24 jours, les bouteilles sont placées en chambre chaude pendant 24 jours aussi, un carton de bière contient 24 bouteilles, j’ai mis 24 photos dans cet article…

Quelques chiffres.

Aujourd’hui, les ventes du magasin représente 18 à 20% du volumes, les grandes surfaces 37%, l’export 4 à 5% (Norvège, Etats-Unis et Angleterre principalement) et les CHR 3%. La brasserie embauche 4 employés.

Avenir. 

La brasserie a toujours investit régulièrement. Aujourd’hui, elle prévoit notamment l’installation de silos à grains pour stocker l’orge de la malterie Soufflet, celle-ci ayant décidé de délocaliser son activité d’ensachage de Prouvy (59) à Pithiviers (45).

Mon avis. 

La brasserie St Germain a dès le départ était conçue pour des volumes conséquents. Comme habituellement dans la région Nord-Pas-de-Calais, l’influence des belges est omniprésente d’où la gamme développée autour d’une blonde, d’une blanche, d’une triple et d’une brune. Ils ont lancé la réserve Hildegarde et la Malt & Hops en houblonnage à cru. Leur bière à la rhubarbe a été repensée et brassée en collaboration avec Nogne (célébre brasserie de Norvège). Aujourd’hui, la gamme continue de s’étoffer avec la série des black éditions : une IPA, un Stout et une Pale Ale. Même si je ne suis pas fan de toutes leurs bières : la brune est trop madérisée et la triple trop sucrée à mon goût, leur effort pour s’adapter au marché et proposer de nouvelles bières est positif. J’ai aimé la Stout et la Pale Ale mais reste réservée sur l’IPA qui manque selon moi d’aromatique.

Voici une petite vidéo réalisée par les élèves de 1ère ES du lycée Léo Lagrande à Bully-les-Mines dans le cadre d’un concours vidéo « Raconte-moi l’entreprise »

« Se mettre à la page 24 »

 

 

Brasserie St Germain : 26, route d’Arras, 62160 Aix-Noulette – Horaires : du mercredi au vendredi de 15h à 19h et le samedi de 9h à 12h – contact@page24.fr (Visites sur rendez-vous).

À propos de Doroley

Co-gérante des 4 magasins Bières Cultes et secrétaire de l'association Bières & Papilles, je m'implique au quotidien et via la Paris Beer Week, à développer une consommation durable et responsable de la bière artisanale et locale.

8 réponses à “Brasserie St Germain – Entretien avec Vincent Bogaert

  1. Pingback: Interview de Vincent Bogaert de la brasserie Saint Germain

  2. Je n’ai goutté que la blonde réserve Hildegarde et la malt & hops, assez fan de ce type de biere.
    Il faudrait que je goutte les autres.

  3. Léo Pluhaut

    Bel article.
    L’affirmation « Comme habituellement dans le Nord Pas de Calais, l’influence des belges est omniprésente » me semble un peu trop habituellement omniprésente.
    Cordialement.

    • En effet, cette phrase est très stéréotypée. Cependant, je ressens (c’est mon avis et donc c’est subjectif) que le monde brassicole français est encore en recherche d’identité…. Peut-être me trompe-je?

      • Léo Pluhaut

        Il existe 3 grands pays de la bière : Allemagne, Angleterre et Belgique.
        Ils sont à l’origine des styles de bière qui ont été exportés et qui ont influencés les pays producteurs.
        Comme la bière a existé avant l’établissement définitif des frontières actuelles, les régions frontalières sont plus ou moins imprégnées de styles voisins (Je prends l’exemple de l’Alsace, la Lorraine et du Nord).
        La bière ne connait pas les frontières et c’est tant mieux !

        Concernant la France (je parle de façon globale), elle se cherche car elle n’a pas de tradition brassicole ininterrompue.
        On y retrouve des traces architecturales, des recettes, des anecdotes…mais de « style » à proprement parlé.
        L’orientation actuelle s’opère donc au regard du terroir : les matières premières, les vieillissements dans des barriques ayant contenus du vin ou des alcools de fruits…etc.

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