Qu’est-ce qu’une brasserie artisanale en France?

Thomas d’Happy Beer Time fait le tour du web pour avoir plusieurs points de vue sur ce qu’est une brasserie artisanale en France. Je me suis penchée sur la question personnellement. Voici mes réflexions :

En France, il existe plusieurs types de brasseries. Nous avons d’un côté les micro-brasseries, celles qu’on retrouve à Paris notamment avec La Goutte d’Or, La Baleine, My Beer Compagny, Outland et Deck et Donahue (si vous ne la connaissait pas c’est normal, elle s’en vient bientôt, j’aime parler comme mes amis québécois!), les brasseries historiques qui existent depuis plusieurs générations comme Castelain ou Lepers et les brasseries plus récentes de taille « moyenne » (je suis d’accord, pas très précis comme notion!) comme Lancelot ou Page 24.

Aux Etats-Unis, la Brewers Association définit en 3 points ce qu’est une « craft brewery ». Elle doit être petite, indépendante et traditionnelle :

Petite : La production annuelle ne doit pas excéder de 6 millions de barils (1 baril = 117L) soit environ 7 millions d’hectolitre. En France, nous en sommes encore loin concernant les brasseries artisanales.
Indépendante : La brasserie ne doit pas être contrôlée ou détenue par un membre de l’industrie des boissons alcoolisées à plus de 25% à moins qu’il soit une brasserie artisanale. En soit, cela me paraît difficile d’être à la fois artisanal et industriel.
Traditionnelle : Les bières brassées doivent être 100% malt ou à défaut représenter au moins 50% de la gamme. Les brasseries qui utilisent des additifs peuvent le faire à condition qu’il s’agisse d’améliorer plutôt que d’alléger la saveur.

Ils énumèrent aussi quelques concepts liés à la bière et aux brasseries artisanales :

  • Les brasseries artisanales sont des petits brasseurs.
  • Ils font preuve d’innovation et interprètent les styles historiques afin de proposer de nouveaux goûts et de nouvelles saveurs.
  • La bière artisanale est principalement brassée avec des ingrédients traditionnels comme l’orge malté ou si elles ne le sont pas, par des ingrédients ajoutés pour leur caractère distinctif.
  • Les brasseries artisanales sont en général très impliquées dans leurs communautés grâce à la philanthropie, aux dons de produits, au bénévolat et au parrainage d’événements (intéressant comme concept!).
  • Les brasseurs artisanaux sont en contacts réguliers et proches de leurs clients. Ils se doivent de maintenir leur intégrité et leur indépendance en général.
  • La majorité des Américains vivent à moins de 10 miles d’un brasseur artisanal (cela nous concerne moins).

La question subsidiaire serait : qu’en est-il des « gipsy brewers » (encore un anglicisme)? Pour moi, du moment qu’ils sont véritablement brasseurs et qu’ils le font dans une brasserie artisanale, je n’y vois pas d’inconvénient. De plus, j’ajouterais qu’une brasserie artisanale se doit d’être transparente sur ses produits et ses techniques. Le mensonge même par omission c’est pas beau!

Pour conclure, une brasserie artisanale ce n’est rien de moins qu’une brasserie qui propose autre chose que des produits standardisés dans un soucis de qualité et de respect du consommateur.

A la bonne vôtre!

À propos de Doroley

Co-gérante des 4 magasins Bières Cultes et secrétaire de l'association Bières & Papilles, je m'implique au quotidien et via la Paris Beer Week, à développer une consommation durable et responsable de la bière artisanale et locale.

5 réponses à “Qu’est-ce qu’une brasserie artisanale en France?

  1. Un gros débat en effet !

    Je trouve plusieurs critères cités complètement absurde personnellement.

    « Ils font preuve d’innovation ». Merci Brewers Association mais 1664, Heineken et Kronembourg ne manquent jamais d’innover pour le coup.

    « La bière est faite avec de l’orge et du houblon ». Encore une fois, c’est une remarque complètement bidon je trouve.

    « Impliqué grâce à la philanthropie ». Je pense que ce critère est mon préféré. Il va désormais falloir établir un critère de philanthropie des entreprises parce que ça me parait complexe à évaluer en tant que tel.

    En gros, en dehors de l’indépendance qui me parait le béaba de l’artisanat, je trouve qu’on ne fait pas beaucoup avancer le problème. Les volumes sont hallucinants pour considérer les brasseries comme artisanales au sens premier du terme. BrewDog dans sa définition pour l’Europe parle de 500K Hl.

    Bref, si le besoin de définir ce qu’est une brasserie artisanale perdure, le débat avance…

    • TANGUY

      Intéressant mais pas persuadé que kro et heineken soit à la pointe de l’innovation sur le produit, peut être sur le marketing ?? et encore..

      Difficille de définir la brasserie artisanale, plus facile à mon avis de parler de bières artisanales ou de brasseurs artisanaux, ce n’est pas qu’une question de volumes de production, ni de bière filtrée ou pas, si le brasseur y met du coeur, ça se ressent généralement dans le produit.

      En tant que brasseur, je peux dire que même avant le début de fermentation, je sais que si j’ai bien fait mon boulot et si la bière sera plus ou moins bonne , pas sur que chez Heineken, devant leurs ordis, ils aient la même façon de voir les choses…

      Débat passionnant pour beaucoup d’artisans brasseurs souvent passionnés, personnellement je pense qu’une bière artisanale doit avoir une « âme », souvent le reflet de l’inspiration et de l’imagination du brasseur mais parler de brasseries artisanales en terme uniquement de chiffres ou autre critères subjectifs reste compliqué…

      Dans tous les cas..il y’a du « grain à moudre » ou plutôt « du malt à applatir »

    • Greg

      je ne sais pas si tous les critères sont si absurdes….

      « La bière est faite avec de l’orge et du houblon »… eh bien, bon nombre de bières industrielles utilisent soit du riz, soit du maïs pour des raisons de coûts… Avec les conséquences que nous connaissons sur le goût…

      D’autres part, ces mêmes brasseries n’utilisent plus de houblons en fleur ou en pelet mais bien de l’extrait de houblon isomérisé ou des arômes de houblon…

      Au niveau de l’innovation, c’est vrai que les industriels ne manquent pas d’idées pour nous pondre des nouveaux trucs dégueulasses…

      • Léo Pluhaut

        Le riz et le maïs sont des céréales.
        Ils ne sont pas utilisés que chez les industriels. Bon après, tout est question de quantités.

  2. Léo Pluhaut

    D’autres s’y sont risqués.
    Confère Pierre-André Dubois chez les Amis de la Bière.

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