Le paysage brassicole français, des changements à venir pour l’avenir ?

Voilà maintenant 12 ans que j’observe les paysages brassicoles français et étrangers. Telle Madame Irma, je sors ma boule de cristal et tente d’imaginer l’avenir du marché brassicole français.

Professionnalisation de l‘ensemble de la filière.

A défaut d’être, il va falloir. Encore trop de professionnels tous secteurs confondus ne disposent pas des compétences et connaissances de base. Combien de barmans/maids sont capables de faire une sanitation complète de leur système pression ? Combien de biérologues/zythologues/experts bière connaissent parfaitement leurs styles et savent détecter les défauts d’une bière ? Combien de brasseurs français travaillent leurs levures au lieu de la systématique US05 ? La liste est longue et il devient plus que nécessaire de mettre en place des formations continues qualitatives et suffisantes finançables tout ou partie par le CPA¹ pour permettre à la filière de progresser techniquement et qualitativement !

HACCP, normes : accompagnements et contrôle.

Même combat ! Lors de l’annonce en 2014 par Philippe Vasseur alors nouveau président de brasseur de France et ancien ministre de l’agriculture de sa proposition à l’Etat « d’instaurer un label certifiant la traçabilité et la respect des normes sanitaires », j’ai été parmi les 1er à m’insurger ! Ma réaction a surtout été dictée par de la défiance.

Seul les imbéciles ne changent pas d’avis. Aujourd’hui, la multiplication des brasseries nécessite un cadre. Ces labels aujourd’hui existent : Le BI (« Brasseur Indépendant ») par le SNBI et « Profession brasseur » par Brasseurs de France. J’émets malgré tout quelques doutes quant à l’efficacité de ces labels. Quid du respect des processus (°C de fermentation, nettoyage régulier des moulins et échangeurs à plaques…. ), du suivi organoleptique du produit fini et surtout des contrôles sur le long terme ?

Respecter des normes strictes coûte cher. Sans un accompagnement et une aide efficace, nombreux seraient recalés si les contrôles étaient aussi fréquents qu’en restauration par exemple. J’ai bien conscience des inégalités que cela peut engendrer. Une brasserie correctement équipée et avec des moyens atteindra plus facilement les résultats exigés. Cependant, il me semble nécessaire d’insister sur cette partie, pour le bien du consommateur et de la filière toute entière.

Cannibalisation des industriels : rachats et contrat brasseur.

C’est officiel, les gros conglomérats brassicoles s’intéressent à nos brasseries françaises. Les 1ers rachats ont déjà eu lieu ou sont en cours, preuve du dynamisme français mais attention danger ! La force de ces groupes est de maîtriser toute la chaîne : de la fabrication au client final. Le contrat brasseur² (ou contrat de distribution) en est d’ailleurs un outil très efficace et c’est sans compter toutes les « innovations » du secteur de la grande distribution³.

Evolutions pour le consommateur, certes ! Mais stagnation de l’offre. Le verrouillage par les contrats de distribution² (contrat brasseur) des industriels sur la quasi-majorité des CHR (Cafés Hôtels Restaurants) empêchera l’ouverture de nouvelles opportunités de développement pour les brasseries indépendantes. Et donc, à terme, une stagnation de l’offre jusqu’au paroxysme, c’est-à-dire une concurrence accrue en brasseurs indépendants sur un réseau de clients indépendants trop restreints. Mauvais temps pour l’amitié brassicole ! Mettre fin au contrat brasseur, le SNBI s’en ai fait un porte étendard, le Luxembourg est lui aussi en réflexion sur le sujet, la CAMRA anglaise à elle réussi à faire évoluer le système. En France, il reste à prouver légalement que ces pratiques sont réellement anti-concurrentielles².

Beaucoup de points sont encore à évoquer et l’avenir n’est jamais toute tracée. Pour certain•e•s, j’enfonce peut-être des portes ouvertes. Il faut cependant être conscient que notre marché évolue à vitesse exponentielle depuis très peu de temps et qu’il devient nécessaire de se structurer avec bon sens et permettre à tous les acteurs conscients, libres et passionnés de vivre de ce magnifique produit qu’est la bière !

¹https://www.moncompteactivite.gouv.fr/cpa-public/

²Validité des contrats brasseurs : rapide état des lieux par Pierre Galmiche. 

³https://www.lsa-conso.fr/la-biere-un-ocean-d-innovations,24824

 

Publicités

À propos de AllegoriA

Je m'implique au quotidien à développer une consommation durable et responsable de la bière artisanale française.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Suivez-moi sur Twitter

Follow Les Apérologues on WordPress.com
%d blogueurs aiment cette page :